Au centre du jardin

Jeudi 4 juin 2009 4 04 /06 /Juin /2009 11:27

Au centre du jardin

Avant et après

 

 

 


Une fine craquelure

La morsure du temps

Sous la pluie diluvienne


Il voit presque la totalité du jardin depuis son centre lorsqu'il matérialise ses quatre faces. Huit yeux contemplent alors cet endroit qu'il aime tant et dont il pense ne jamais se lasser. Il a fini par en connaître le moindre recoin depuis l'époque presque oubliée de la Chute. L'aménagement avait été fait de manière parfaite pour que s'y développent les plus magnifiques spécimens végétaux, plusieurs fois millénaires alors qu'ils s'offrent à sa vision circulaire. Nul autre endroit dans l'univers n'a jamais présenté une telle variété de couleurs et de senteurs. Ses ailes puissantes le stabilisent en l'air juste sous la voûte de la Serre. L'unique entrée, à l'est, a été scellée depuis l'avènement des pluies acides qui dévastent depuis lors la surface de la Terre sans discontinuer

 Il s'apprête à redescendre pour rejoindre les autres et vaquer à leurs occupations quotidiennes lorsqu'un bruit sourd retentit au-dessus de lui. Quelque chose semble être entré en collision avec la Serre et l'onde de choc se propage le long de toutes ses armatures. Il voit une longue craquelure se former et s'approche. Elle grandit imperceptiblement et il constate avec effroi la formation de nouvelles ramifications. « Serait-ce déjà le moment? », se demande-t-il anxieusement alors qu'il déploie sa deuxième paire d'ailes et fond  vers le sol pour alerter ses compagnons.


 

Et la cité sainte

La Jérusalem nouvelle

Je la vis qui descendait du ciel.


Lorsque la barrière aveuglante générée par l'Epée se dissipa, ils se trouvaient dans la salle d'état-major de Sion. Métatron était assis dans son trône de commandement et les dévisageait sévèrement. L'exaspération rendait l'éclat de son corps embrasé presque insoutenable et les Chérubins masquèrent leur visage avec une de leurs paires d'ailes alors qu'ils se agenouillaient pour saluer le premier des Séraphins. Sa voix tonitruante s'infiltra dans leurs esprits, fouillant, cherchant des explications, demandant des comptes. Aucun d'eux n'avait de réponses cependant ; la Serre était en principe indestructible et tous avaient été surpris par son écroulement soudain, livrant le Jardin à l'extérieur, aux pluies et déclenchant ainsi sa néantisation. Ils ne comprenaient pas non plus le comportement de celui d'entre eux qui semblait sûr de pouvoir inverser le processus et qui leur avait donné l'impression d'en savoir plus qu'eux au sujet de la catastrophe.

La voix de Métatron leur signifia alors qu'il n'en avait pas terminé à avec eux mais qu'il fallait circonscrire la succion de l'Arbre de Vie avant qu'il n'absorbe la Terre entière.

Nouvelle Jérusalem, rebaptisée Sion depuis que les Séraphins l'avaient investie, courba l'espace-temps sous leur impulsion et s'approcha de la Terre à la vitesse de l'esprit.

 

 

Au sein d'un roc

 

On ne l'a pas cru et personne n'a accepté de lui accorder le contrôle de l'Epée. Sans elle, ses chances de réussite sont quasi nulles. Alors que tout le monde a fini par constater les dégâts et se rassemble vers la porte à l'est pour assister impuissamment à la suite, il se décide à agir. Il dématérialise les sceaux de l'entrée et affronte la pluie pour trouver un endroit où cacher les tablettes mystérieuses qu'il a trouvé au centre du Jardin voici bien longtemps. Il les fait fusionner avec un rocher énorme qui devrait résister longtemps à la néantisation. Derrière lui la Serre se brise et s'écroule dans un fracas horrible. La succion débute instantanément, le prenant au dépourvu alors qu'il pensait avoir plus de temps. L'acide qui termine de ronger sa robe, laisse l'empreinte de sa morsure sur sa peau. Ses vêtements ne lui sont plus d'aucune utilité, il décide de s'en débarrasser.

 

Par Micha - Publié dans : Au centre du jardin
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Vendredi 15 mai 2009 5 15 /05 /Mai /2009 12:03
Au centre du jardin


Les cicatrices d'une baie vitrée, enflées et boursouflées
Un jardin si profond qu'il s'aspire lui-même
Des geais qui s'époumonent
Il pleut du soufre.


Alors il se déshabille et court. "Plus vite", semble lui hurler quelqu'un dans les oreilles. Il accélère et l'univers se déforme, se rallonge. "Trop rapide", constate-t-il bien trop tard. Le frottement lui arrache la plante des pieds, la chaleur cautérise le tout.  Les poumons de corvidés jonchant le sol et qu'il écrase atténuent un peu sa douleur mais les oxydes de soufre qui saturent l'air transforment sa poitrine et ses bronches en brasier.
Il veut atteindre le coeur du jardin avant qu'il n'achève son processus de néantisation.  Une grosse goutte acide s'abat sur son oeil gauche et en fait fondre la cornée avant qu'il n'ait le temps de fermer les paupières. L'humeur vitrée inonde son visage comme des larmes. Il n'y pense plus et bondit, plonge en avant tout en tendant les bras. Ses ailes se déploient et il prend l'air pour son dernier vol.


Il mit à demeure à l'Est du jardin d'Eden
Les Chérubins et la flamme de l'Epée qui tournoie
Pour garder le chemin de l'Arbre de vie


La Serre s'était brisée et tout allait disparaître. Ils le virent se lancer dans une dernière tentative désespérée. "Pauvre fou", lui cria l'un d'eux avant qu'il ne décuple sa vitesse. Un Séraphin aurait pu atteindre le centre mais pas lui. Il n'avait aucune chance et ils allaient assister à la fin du premier d'entre eux en même temps que celle de cet endroit qu'ils avaient protégé durant si longtemps. Ils se regroupèrent et l'Epée forma autour d'eux un écran incandescent, annulant pour eux seulement l'aspiration du Néant originel. Sion les attendait pour le rapport, ils n'avaient plus rien à faire dans ce non-endroit en devenir.


Succion implacable absorbant l'intérieur avant tout

Il ouvre son oeil valide dans un utlime sursaut de conscience alors que le dernier centimètre de son intestin grêle s'échappe par sa bouche. L'Arbre est devant lui. La vie qu'il a donné, il la reprend à présent. Ses feuilles décomposent la matière et l'aspirent. La sève la conduit jusqu'aux racines ancrées directement dans le Néant. "Trop tard", pourrait être retranscrite la dernière pensée qui traverse son cerveau qui se liquéfie. Il tend la main en avant vers l'Arbre alors que le temps ralenti presque complètement. Il a presque l'éternité pour contempler la danse des atomes de son bras qui se séparent avant de virevolter inexorablement vers les plus exquises feuilles bleues de la création.
Par Micha - Publié dans : Au centre du jardin - Communauté : Les chroniques de la meute
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