Dimanche 8 novembre 2009 7 08 /11 /Nov /2009 21:56
Deuxième texte écrit pour le concours. Il fallait insérer un extrait dans le récit (l. 2-7).

Il était une fois, un puceron qui se prénommait Malone.
Malone n’avait jamais songé qu’un jour il aurait envie de tuer sa femme. Il en était amoureux. Après vingt ans de mariage, comme au premier jour. Cet amour ne lui coûtait aucun effort. Il aimait spontanément, naturellement, parce qu’il ne pouvait en être autrement. Et puis, ce matin, il s’était réveillé avec l’idée de la tuer. C’était une idée qui ne reposait sur aucun grief. Judith lui donnait satisfaction à tout point de vue. Elle lui était fidèle. Aurait-elle eu quelques aventures, qu’il ne se serait pas senti le courage de le lui reprocher. Quand on aime une femme, on aime tout en elle. A tel point qu'au-delà de son charme puceronesque, Judith donnait à Malone une envie littérale de la dévorer. Il avait envie d'enfouir dans son proboscis les yeux de sa bien-aimée et de les avaler goulument. Ses trois paires de pattes frémissaient alors qu'il s'imaginait lui arracher les antennes et une goutte de miellat s'échappa de l'extrémité de son abdomen alors qu'il se voyait transpercer son squelette externe de son rostre et aspirer avec délectation ses organes internes.

Ô ma tendre épouse, se répétait-il en lui-même, comme je vous aime, comme vous me paraissez appétissante ! Il ne pouvait penser à autre chose et une vaste flaque de miellat que son anus éjectait spasmodiquement souilla finalement la feuille sur laquelle il rêvassait, le contraignant à poursuivre son activité un peu plus loin.

Judith de son côté ne se doutait de rien et s'occupait comme tous les jours de ses nombreuses larves. Vingt années de vie commune et d'innombrables portées avaient fait d'elle une mère attentionnée et sensible. Elle vit que Malone l'observait et lui fit un signe auquel il répondit. Son mari la comblait, jamais elle n'aurait espéré tant de bonheur. Les mariages sont souvent forcés chez les pucerons, mais pour eux, la nature avait bien fait les choses, un regard avait suffi pour qu'ils s'aiment éperdument. Elle lui demandait souvent, comme savent le faire les femmes, qu'il lui dise ce qu'il ressentait pour elle, à quel point il la trouvait belle et à quel point ses sentiments pour elle étaient forts. Cela la faisait verdir et frémir ses antennes. Elle adorait cela. Hier encore elle l'avait pressé de mille questions du même genre. Il lui avait répondu de manière fort plaisante : « Mon adorable épouse, vous le savez, je vous aime plus qu'hier et moins que demain ». Frissonnante de partout, Judith s'écria : « Puisse la Nature donner raison à vos douces paroles. Et même affermir encore plus les sentiments que vous éprouvez pour moi ».

Bien souvent, la Nature est là pour exaucer nos souhaits. Elle oeuvra dure cette nuit-là. A tel point que Malone se réveilla avec l'envie de tuer sa femme.

Quel festin il fit ce jour-là ! Le bocage entier s'en souvient encore.

Par Micha - Publié dans : Textes
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