Dimanche 8 novembre 2009 7 08 /11 /Nov /2009 21:47
Texte écrit dans le cadre d'un concours sur le forum de Reservoir & Co. 55 minutes à disposition et le thème était :

Donnez au train des idées d'avance !

Bohémond s'approcha de la clairière où les trains à vapeur sauvages faisaient la sieste au soleil. Cela faisait des jours qu'il les pistait et finalement il avait réussi à rejoindre une horde. Il avait avec lui tout l'équipement nécessaire pour en capturer un.

Les trains étaient devenus une espèce protégée depuis quelques décennies, car, une fois domestiqués, ils perdaient vite de leur superbe et accumulaient petit à petit des retards de plus en plus importants. La demande en spécimens sauvages était très grande et il fallait une autorisation spéciale du gouvernement pour les chasser. Bohémond n'en possédait pas, il travaillait à son propre compte, vendant ses services au plus offrant.

Ses yeux entraînés choisirent immédiatement la proie qui conviendrait à coup sûr à ses clients : un beau spécimen adulte affalé sur le toit, laissant au soleil le loisir de dorer ses essieux.

L'art de chasser les trains à vapeur se transmet de père en fils chez les braconniers. Ils travaillent seuls, avec de petits moyens et n'utilisent pas le matériel high-tech fort coûteux des grandes compagnies ferroviaires. Il faut avant tout beaucoup de patience ; attendre que les cheminées des locomotives cessent de cracher de la fumée noire et que les trains se sentent en confiance. Alors seulement il est possible d'agir. La technique la plus efficace en théorie est d'attirer l'un des trains avec un sifflet à injection d'idées d'avance.

De même que les animaux sauvages se définissent par le fait qu'ils évoluent en toute liberté, les trains à vapeur sauvages le sont par leur soif insatiable d'être en avance dans tout ce qu'ils entreprennent pour pouvoir paisiblement se reposer au soleil par la suite. Si les animaux dans les zoos dépriment et dépérissent, c'est bien parce qu'on les a privés de leur liberté. Les trains que l'on enchaine à des rails et que l'on force à arriver à l'heure à destination deviennent tristes et vides de la même manière. Ils accumulent bien vite les retards et forcent les cheminots à faire grève lorsqu'ils refusent finalement d'avancer. On fait appel alors à des gens comme Bohémond pour les remplacer, car obtenir l'aval du gouvernement prend bien trop de temps.

Les sifflets à injection d'idées d'avance demandent une grande dextérité qui nécessite des années de pratique. Il s'agit de deviner puis moduler exactement la conception de l'avance que se fait le spécimen que l'on souhaite capturer.

Autant dire que les braconniers ne capturent jamais de trains à vapeur sauvages. Et c'est pas plus mal.

Par Micha - Publié dans : Textes
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Commentaires

Tu dis que tu n'étais pas inspiré sur celui là, j'avoue pourtant que je l'aime beaucoup. Absurde à souhait !

le braconnier de train sauvage ! C'est exactement ce que l'on fait quand on veut attraper un train, pauvre usager que nous sommes. en tous cas ça rejoint aussi la bête de zola...
"
C'était le galop tout droit, la bête qui fonçait la tête basse et muette, parmi les obstacles. Elle roulait, roulait sans fin, comme affolée de plus en plus par le bruit strident de son haleine.
À Rouen, on devait prendre de l'eau ; et l'épouvante glaça la gare,
lorsqu'elle vit passer, dans un vertige de fumée et de flamme, ce train
fou, cette machine sans mécanicien ni chauffeur, ces wagons à bestiaux
emplis de troupiers qui hurlaient des refrains patriotiques. Ils allaient à la
guerre, c'était pour être plus vite là-bas, sur les bords du Rhin. Les
employés étaient restés béants, agitant les bras. Tout de suite, le cri fut
général : jamais ce train débridé, abandonné à lui-même, ne traverserait
sans encombre la gare de Sotteville, toujours barrée par des manoeuvres,
obstruée de voitures et de machines, comme tous les grands dépôts. Et
l'on se précipita au télégraphe, on prévint. Justement, là-bas, un train de
marchandises qui occupait la voie, put être refoulé sous une remise. Déjà,
au loin, le roulement du monstre échappé s'entendait. Il s'était rué dans
les deux tunnels qui avoisinent Rouen, il arrivait de son galop furieux,
comme une force prodigieuse et irrésistible que rien ne pouvait plus
arrêter. Et la gare de Sotteville fut brûlée, il fila au milieu des obstacles
sans rien accrocher, il se replongea dans les ténèbres, où son grondement
peu à peu s'éteignit. "


moi, tu vois ça m'inspire pleines de choses....

Tu as fini 3 eme ex aequo ! clap clap clap ! honorable !

 

Tu devrais en faire une musique tien

Commentaire n°1 posté par ju le 08/11/2009 à 23h45
Elle fait peur la bête à Zola ! Les miennes semblent plus paisibles^^.

Content que ça t'ait plu en tout cas et merci pour les commentaires.
Réponse de Micha le 09/11/2009 à 09h01
Belle idée, bien écrit. Bravo...
Commentaire n°2 posté par co errante le 11/11/2009 à 12h07
Merci co errante !
Réponse de Micha le 12/11/2009 à 08h34

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