Vendredi 30 octobre 2009 5 30 /10 /Oct /2009 11:41
La première semaine, il m'a raconté l'histoire d'un homme qui, n'ayant plus rien à perdre, avait conclu un pacte avec une entité dont personne ne sait le nom exact. Il avait dû signer celui-ci avec son sang, comme cela est bien souvent de coutume. Sa situation s'était remarquablement améliorée, sans qu'il ne lui soit encore rien arrivé de fâcheux.

Il est revenu la deuxième semaine et m'a parlé de cette femme, abandonnée de tous et désespérée, qui recevait depuis peu chaque nuit la visite d'un incube réalisant ses moindres fantaisies, assouvissant chacune de ses envies. Elle était devenue radieuse et se portait à merveille. Le fait qu'elle enfante chaque année un nouveau-né qui se volatilisait aussitôt semblait ne rien enlever à son nouveau bonheur.

Lors de sa troisième séance, il m'a décrit la situation de cette jeune fille sur laquelle le temps ne semblait plus avoir d'emprise et qui gardait la jeunesse de ses vingts ans depuis plusieurs décennies, racontait-on. Selon ses dires, elle n'avait d'autres contraintes que de parler d'un certain homme aux personnes dans le besoin qu'elle croisait. C'est ainsi qu'il avait entendu parler de moi.

Aujourd'hui, il est entré dans mon cabinet d'un air plus déterminé. Après être resté longtemps silencieux, assis dans le confortable fauteuil que je mets à la disposition de mes patients, il m'a fait part de sa volonté de franchir le pas et de passer à la deuxième phase du traitement. Il n'en pouvait plus des nombreuses dettes qui l'accablaient et, après avoir mûrement réfléchi, il était prêt à accepter toutes les conditions que je lui proposerais.
Je lui ai fait mon plus beau sourire, celui qui donne confiance et qui fait comprendre que la meilleure décision a été prise, et j'ai sorti d'un tiroir le contrat que je lui avais préparé ce matin. Je le lui ai présenté en même temps qu'une longue plume d'oie, un stylet et une petite coupe. Alors qu'il blêmissait légèrement en parcourant des yeux les différentes clauses gravées en lettres d'or sur le parchemin, j'ai fais naître en son esprit des pensées positives, lui faisant miroiter les avantages qu'il retirerait de notre tractation.
Il a fini par signer et s'est retiré, l'air satisfait, avec la carte de crédit inépuisable que je lui ai donnée pour honorer ma part du marché.

Les affaires marchent à merveille, ils finissent tous par accepter, quelles que soient mes exigences en retour. Je les rends heureux, pour un temps qui peut s'avérer plus ou moins long. Mes services sont irréprochables et adaptés à chaque personne. Un professionnalisme exemplaire dont je suis fier et qui en a guéri plus d'un.
Je les soigne. Je prends soin d'eux, avec une attention particulière pour leur âme. Pour toujours en ce qui la concerne.
J'aime ce métier, si gratifiant, je suis fait pour ça.

Parlez de moi à vos proches, je suis disponible à toute heure.
Par Micha - Publié dans : Textes
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Mercredi 21 octobre 2009 3 21 /10 /Oct /2009 16:37
Dans le calme d'une forêt qui s'endort. Je suis ce rai de lumière qui traverse la frondaison alors qu'une faible brise anime la nature. J'adapte mon souffle à ses manifestations, regardant dans le vide, droit devant moi. Les mouvements des branches décident de mon parcours. La lente desquamation des arbres me berce.
J'atterris sur un tas de feuilles mortes. J'en caresse la surface, me pose dessus et attends.
Tout doucement, je m'enlise dans ce marais organique. Ma force décroît et je m'éteinds lentement, alors que le ciel se pare de teintes rosées.
Par Micha - Publié dans : Poésie
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Jeudi 15 octobre 2009 4 15 /10 /Oct /2009 21:19
Son visage flottait dans l'air, sans hâte dans le crépuscule de la surface accidentée et désertique de Ma'ah. La distance le séparant de la lueur se réduisait insensiblement. Il distingua finalement un bûcher à la taille monumentale. Les flammes s'élevaient haut vers le ciel et donnaient une teinte rougeâtre à l'atmosphère environnante. Une silhouette se déplaçait lentement autour du feu, gesticulant parfois. Il l'observa un moment avant de l'interpeller.  Une lueur dansante révélait parfois un aspect de sa physionomie. Il s'agissait visiblement d'un vieillard complètement rabougri s'appuyant sur une canne. Une longue barbe blanche, roussie par les flammes par endroits, et un pagne miteux l'habillaient. Le pauvre hère s'activait à une mystérieuse besogne, une mélopée gutturale s'échappant parfois de sa gorge.
Il sursauta lorsqu'il aperçut le visage phosphorescent qui s'approchait de lui et brandit sa canne dans sa direction.
- Qui êtes-vous ? lança-t-il d'une voix chevrotante. N'approchez pas !
- Je ne vous veux aucun mal.
Sa réponse le surprit lui-même. Sa voix semblait jaillir de nulle part, froide et métallique, sans qu'il n'eut à remuer les lèvres.
- Tant qu'il me restera un souffle de vie, ce feu continuera à brûler, reprit le vieillard, il ne vous servirait à rien de tenter quoi que ce soit pour l'éteindre.
- Je ne pense pas en avoir les moyens et encore faudrait-il que j'y trouve le moindre intérêt. A quoi sert-il ?
Le viel homme le dévisagea, éberlué, durant de longs instants. Puis il reprit la parole :
- Pauvre fou ! Il s'agit du Foyer Primordial de Ma'ah et vous me demander à quoi il sert ? D'où venez-vous pour proférer de telles inepties ?
- C'est une question à laquelle je ne puis répondre, vous m'en voyez contrit. Je n'arrive pas à m'en souvenir. Il y avait juste ce trou immense qui diffusait une aura d'angoisse pure. J'ai dû m'en éloigner pour retrouver mes esprits. J'ai ensuite suivi l'un des sillons pour parvenir jusqu'ici. Où suis-je donc ? Et quel est cet endroit ?
Le vieillard garda le silence un moment puis se tourna vers le feu. Ses bras effectuèrent quelques passes en même temps qu'il formulait une incantation. Alors qu'il arrivait au bout de celle-ci, les flammes redoublèrent d'intensité, éclairant la plaine à des centaines de mètres aux alentours.
- Le Feu Primordial requiert toute mon attention. Sans lui Ma'ah serait plongée dans les ténèbres. J'en suis le gardien depuis le début. Ne m'importunez plus et éloignez-vous ! Je ne vous fais pas confiance ! Plus personne ne devait passer par ici. Il a dû y avoir une erreur quelque part. Disparaissez vous dis-je !
- Soit, mais dites-moi au moins où aller ! N'y a-t-il personne ici qui puisse m'en dire plus sur ma présence ici ?
- Faites ce que bon vous semble mais laissez-moi tranquille, je vous en conjure ! Vous n'avez qu'à continuer de suivre le sillon que vous avez emprunté. Le Centre n'est bon pour personne, fuyez-le comme la peste et gagnez le bord de Ma'ah.
Il conclut ces dernières paroles d'un bref mouvement de la main gauche et disparut de la vue de son interlocuteur. Celui-ci constata qu'il était à nouveau sur le sillon, à l'endroit exact où il avait bifurqué en direction de la lueur qu'il avait aperçu. Elle brillait toujours au loin.
"Tout ceci n'a aucun sens" se dit-il. Repensant à ce qu'il venait de vivre, il reprit sa route. Pour rien au monde il ne voulait retourner vers ce que le vieillard semblait appeler le Centre et lui avait conseillé d'éviter. Il n'avait aucune idée cepandant de la distance qui le séparait de son nouveau but. Peu lui importait, il semblait visiblement avoir tout le temps pour le découvrir.
 Masque impavide et froid, il flottait au-dessus du sillon. En quête de réponses à ses questions, en mouvement pour atteindre le bord.
Par Micha - Publié dans : Chroniques de Ma'ah
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Jeudi 8 octobre 2009 4 08 /10 /Oct /2009 14:23


Au détour d'un album, un cliché raté. Un peu flou. Pas assez pour ne pas y distinguer un sentier. Pas assez pour  ne pas vouloir s'y projeter. Pas assez pour réprimer l'envie de s'y promener. Juste assez  pour le croire sans détours ni accidents. Juste assez pour ne pas en voir le bout qui tutoie l'horizon.  Trop pour ne pas se perdre alors qu'il s'estompe avant de disparaître. Bien trop pour en revenir un jour.

Par Micha - Publié dans : Poésie
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Jeudi 1 octobre 2009 4 01 /10 /Oct /2009 15:10

Tu chois
Encore

Et le rebord
Derrière toi
Recule et s'estompe

S'allonge alors
Un bras imaginaire
Tandis que tu sombres

Sursaut de l'esprit
Survivant dans ton corps
Impuissant


Le fantôme d'une main
Qui s'accroche
A un appui

Quelque chose
Derrière toi
Défie la gravité

Une copie
Désincarnée
De toi

Qui se détache
Se sépare
De ton corps déjà froid

T'abandonne
S'agrippe seule
Au rebord

Loin maintenant
Derrière toi


Par Micha - Publié dans : Poésie
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