Lundi 10 mai 2010 1 10 /05 /Mai /2010 10:25

Nouveau concours sur le Réservoir et nouveau texte.

Les contraintes étaient les suivantes :

 

 

Pour cette 4ème épreuve, il faudra écrire une nouvelle avec un personnage principal imposé (et tiré au hasard).
La nouvelle devra faire minimum 1 page A4 (police times new roman, taille 13, pas la peine d'écrire en taille 60 en espérant rouler ENDEMOU) ce qui correspond plus ou moins à 50 lignes. Elle ne devra pas dépasser 3 pages.

Déroulement du jeu :
Dans un premier temps, les participants doivent envoyer un mp à ENDEMOU, avec une numéro de 1 à 10.
Le participant recevra en retour la photo d'un personnage. Ce personnage devra être le héros de votre histoire.

 

 

 

 

 

epreuve-4.jpg

 

 

« Debout ! »


J’ouvre péniblement des yeux que la lumière du jour agresse et vois son visage penché au-dessus du mien. J’ai l’impression de le connaître. Un sentiment de déjà-vu. L’esprit trop embrumé je referme les yeux pour retrouver mes rêves. La réalité est trop crue, trop vive et froide.

Une douleur fugace à la bouche m’arrache à ma torpeur. A nouveau la clarté assaille mes yeux alors que mes paupières s’entrouvrent. C’est mon cerveau embrumé tout entier qui est aveuglé. Un goût de fer. J’avance maladroitement une main qui me paraît étrangère jusqu’à mes lèvres. Du sang s’écoule de mes gencives. Je lève les yeux à nouveau et le vois brandir une canne, prêt à frapper à nouveau. Pourquoi s’en prend-il à moi ? Je n’arrive pas à
réfléchir. C’est trop dur, je veux juste dormir encore.


« Debout, salopard ! »


Le deuxième coup m’atteint au foie. J’ai l’impression que c’est quelqu’un d’autre que l’on frappe alors qu’une lointaine souffrance se propage dans tout mon côté droit. Je n’ai pas la force de me défendre. Trop compliqué de bouger, d’anticiper. J’essaie de comprendre. Cela demande toute mon énergie. Il lève sa canne une troisième fois et l’abat sur mon cou. Je hoquette sous le choc. Des postillons ensanglantés prennent des trajectoires paraboliques avant de maculer le sol. J’ai soudain l’impression de réintégrer mon corps et la douleur se fait plus vive, presque palpable. J’essaie de me redresser. M’appuie sur les mains. Mes bras sont sans force et je retrouve ma position initiale, allongé sur le béton.


« Je t’avais prévenu, c’était la dernière fois ! »


Son pied trouve mon estomac. J’ai l’impression qu’il le transperce. S’en est trop pour lui. Je régurgite à m’en étouffer. Que du liquide. Cela empeste le whisky bon marché. Je l’entends me cracher dessus alors que je reprends mon souffle. Son portable sonne et il s’éloigne pour répondre. Je profite du répit qui s’offre à moi pour péniblement me relever et m’asseoir dans mes vomissures. J’essaie de me rappeler, d’organiser mes idées. Je n’y arrive pas. Il revient vers moi et m’empoigne par les pans de ma veste.


« Dégage d’ici et ne reviens plus jamais ! »


Sa voix est dure mais familière. Je le reconnais enfin. C’est mon fils. Je ne l’ai jamais vu aussi furieux. Il me traîne hors de son garage jusqu’à la rue où il me jette par terre avant de retourner chez lui. Mon corps entier est endolori mais je me relève, un peu perdu. J’aperçois un banc à une distance qui me paraît raisonnable. Je me dirige vers lui. Claudicant et me tenant le ventre, sans ma canne. Je finis par l’atteindre. Une éternité plus tard. Mes os craquent alors que je m’assieds dessus. L’air est doux. Je sors un mouchoir souillé de ma poche et m’essuie la bouche. Que faisais-je chez mon fils ? Je ferme les yeux alors qu’une brise légère caresse mon visage.
J’ai bu… encore. Beaucoup trop. Et puis je me suis senti seul et j’ai forcé la porte du garage de mon fils. Pas pour le voir, juste pour être près de lui. Et puis je me suis uriné dessus. Surement vu l’état de mes pantalons. Oui, c’est ce qui a dû se passer, encore une fois. Très certainement. Mais pourquoi ai-je bu cette fois-ci ?

Alors qu’un camion passe bruyamment devant moi je me souviens enfin. Yves, mon frère cadet. On l’enterrait ce matin. C’est cela que je voulais oublier. J’y étais presque parvenu. Je regarde par terre puis dans le vide. J’ai envie de devenir le vide.

Par Micha - Publié dans : Textes
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Mercredi 25 novembre 2009 3 25 /11 /Nov /2009 13:42


J'ai déambulé dans ce lieu
Où tu te sentais vivre
J'ai aimé cet endroit
Encore imprégné de ta présence

J'ai caressé du bout des doigts
Les reliques dispersées
Lucioles tourbillonnantes
D'une autre vie encore palpable

Un murmure d'existence
Un bout de souvenir cristallisé
Comme une mélodie suave
Qui s'attarderait encore un peu

Au milieu de mes sens
Emoussés par le temps
Etrécis par les ans
Oeuvrant à tout faire disparaître

Et si l'univers s'éteignait
Si moi aussi je disparaissais
Que resterait-il encore de toi
Là où seul le néant subsiste ?
Par Micha - Publié dans : Poésie
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Dimanche 8 novembre 2009 7 08 /11 /Nov /2009 22:06

Troisième texte écrit pour le concours. Il s'agissait cette fois-ci d'écrire un texte sur en respectant les règles du récit à énigme, sur le sujet de son choix.



Ugolin n'en était pas à sa première affaire. C'était même un vieux briscard qui avait roulé sa bosse en lisant de nombreux polars. Aussi ne paniqua-t-il pas le moins du monde lorsqu'il fut confronté à un véritable meurtre. Il prit les choses en main, presque naturellement, en claironnant à la ronde qu'il était inspecteur de police, que tout le monde était assigné à résidence et qu'il allait procéder à des interrogatoires pour résoudre cette affaire au plus vite. Il était persuadé en effet qu'il y parviendrait en moins de temps qu'il ne faut pour le dire. De tous les lecteurs de polar, il pouvait se targuer d'être l'un des seuls à pouvoir deviner dès le début, l'identité du (ou de la ) coupable, avant même que l'auteur ne donne le moindre renseignement. Il faut cependant remarquer qu'Ugolin avait la fâcheuse habitude de lire les dernières pages de ses romans avant d'attaquer le début. Il n'osait cependant s'avouer ce vice et faisait comme si de rien n’était, s'émerveillant de sa propre sagacité.


Sa claironnade n'eut pas l'effet escompté, car le meurtre n'avait pas eu lieu dans une résidence et qu'il n'avait personne à interroger puisqu'il se trouvait en pleine nuit dans une rue déserte. Il me faut pourtant des suspects, s'insurgea-t-il intérieurement. Comment trouver le meurtrier dans un groupe de suspects si le nombre de ceux-ci frôle le zéro absolu ? Ugolin se creusa la tête, marchant de long en large dans la ruelle. Il fallait qu'il se remémore tout depuis le début. Il était sorti de ce bar bruyant pour délester son estomac des trois litres de bière dépassant les limites de sa contenance. Pour plus d'intimité, il avait pris la direction de cette petite rue, à l'écart des réverbères. Alors qu'il venait juste de rendre à sa bedaine une dimension plus humaine, il avait entendu un cri. Titubant, il avait zigzagué vers la direction d'où il semblait provenir pour finalement y découvrir un corps étendu.


Il dut se rendre à l'évidence que les éléments à sa disposition étaient bien maigres. Une remontée acide le fit se plier en deux et se retrouver nez à nez avec un objet qui lui fit échapper un tonitruant rot de surprise. Il ramassa ébaubi une canette de bière fraîche encore à moitié pleine que quelqu'un avait commis l'outrage de jeter par terre sans même la vider. Qui peut décemment commettre une chose pareille ? se demanda-t-il écoeuré. A moins que... cette canette ne soit celle de la victime et que cette dernière ne se soit fait tuer avant même qu'elle n'ait eu le temps de terminer son divin breuvage. Quel genre de monstre faut-il être pour commettre une pareille atrocité ? s'interrogea-t-il .

Bien que l'enquête avançât, Ugolin n'était pas au bout de ses surprises. Il voulut s'approcher du cadavre pour l'examiner lorsque sa chaussure glissa sur quelque chose de visqueux, provoquant une douloureuse chute, amortie par les nombreux grammes d'alcool contenu dans son sang, sa tête heurta tout de même le sol avec un bruit sec.

Il se retrouva en train de patauger dans une flaque dont l'odeur lui donna un haut-le-coeur. Hoquetant et haletant, il parvint tout de même à déduire qu'il gisait très certainement dans les dégurgitations de la victime. Alors qu'il se relevait péniblement, son esprit lui fonctionnait frénétiquement. Ses yeux s'étaient aussi adaptés à l'obscurité et il remarqua un second corps à proximité du premier. Le pauvre Ugolin chancelait de plus en plus, du sang s'écoulait de son crâne et il eut soudain très froid. Alors que le sol se rapprochait encore une fois de lui à grande vitesse, il eut une illumination et comprit dans un éclair de génie tout ce qui s'était passé. Jamais deux sans trois, se dit-il alors que son corps inerte prenait place à côté de celui des autres.

Par Micha - Publié dans : Textes
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Dimanche 8 novembre 2009 7 08 /11 /Nov /2009 21:56
Deuxième texte écrit pour le concours. Il fallait insérer un extrait dans le récit (l. 2-7).

Il était une fois, un puceron qui se prénommait Malone.
Malone n’avait jamais songé qu’un jour il aurait envie de tuer sa femme. Il en était amoureux. Après vingt ans de mariage, comme au premier jour. Cet amour ne lui coûtait aucun effort. Il aimait spontanément, naturellement, parce qu’il ne pouvait en être autrement. Et puis, ce matin, il s’était réveillé avec l’idée de la tuer. C’était une idée qui ne reposait sur aucun grief. Judith lui donnait satisfaction à tout point de vue. Elle lui était fidèle. Aurait-elle eu quelques aventures, qu’il ne se serait pas senti le courage de le lui reprocher. Quand on aime une femme, on aime tout en elle. A tel point qu'au-delà de son charme puceronesque, Judith donnait à Malone une envie littérale de la dévorer. Il avait envie d'enfouir dans son proboscis les yeux de sa bien-aimée et de les avaler goulument. Ses trois paires de pattes frémissaient alors qu'il s'imaginait lui arracher les antennes et une goutte de miellat s'échappa de l'extrémité de son abdomen alors qu'il se voyait transpercer son squelette externe de son rostre et aspirer avec délectation ses organes internes.

Ô ma tendre épouse, se répétait-il en lui-même, comme je vous aime, comme vous me paraissez appétissante ! Il ne pouvait penser à autre chose et une vaste flaque de miellat que son anus éjectait spasmodiquement souilla finalement la feuille sur laquelle il rêvassait, le contraignant à poursuivre son activité un peu plus loin.

Judith de son côté ne se doutait de rien et s'occupait comme tous les jours de ses nombreuses larves. Vingt années de vie commune et d'innombrables portées avaient fait d'elle une mère attentionnée et sensible. Elle vit que Malone l'observait et lui fit un signe auquel il répondit. Son mari la comblait, jamais elle n'aurait espéré tant de bonheur. Les mariages sont souvent forcés chez les pucerons, mais pour eux, la nature avait bien fait les choses, un regard avait suffi pour qu'ils s'aiment éperdument. Elle lui demandait souvent, comme savent le faire les femmes, qu'il lui dise ce qu'il ressentait pour elle, à quel point il la trouvait belle et à quel point ses sentiments pour elle étaient forts. Cela la faisait verdir et frémir ses antennes. Elle adorait cela. Hier encore elle l'avait pressé de mille questions du même genre. Il lui avait répondu de manière fort plaisante : « Mon adorable épouse, vous le savez, je vous aime plus qu'hier et moins que demain ». Frissonnante de partout, Judith s'écria : « Puisse la Nature donner raison à vos douces paroles. Et même affermir encore plus les sentiments que vous éprouvez pour moi ».

Bien souvent, la Nature est là pour exaucer nos souhaits. Elle oeuvra dure cette nuit-là. A tel point que Malone se réveilla avec l'envie de tuer sa femme.

Quel festin il fit ce jour-là ! Le bocage entier s'en souvient encore.

Par Micha - Publié dans : Textes
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Dimanche 8 novembre 2009 7 08 /11 /Nov /2009 21:47
Texte écrit dans le cadre d'un concours sur le forum de Reservoir & Co. 55 minutes à disposition et le thème était :

Donnez au train des idées d'avance !

Bohémond s'approcha de la clairière où les trains à vapeur sauvages faisaient la sieste au soleil. Cela faisait des jours qu'il les pistait et finalement il avait réussi à rejoindre une horde. Il avait avec lui tout l'équipement nécessaire pour en capturer un.

Les trains étaient devenus une espèce protégée depuis quelques décennies, car, une fois domestiqués, ils perdaient vite de leur superbe et accumulaient petit à petit des retards de plus en plus importants. La demande en spécimens sauvages était très grande et il fallait une autorisation spéciale du gouvernement pour les chasser. Bohémond n'en possédait pas, il travaillait à son propre compte, vendant ses services au plus offrant.

Ses yeux entraînés choisirent immédiatement la proie qui conviendrait à coup sûr à ses clients : un beau spécimen adulte affalé sur le toit, laissant au soleil le loisir de dorer ses essieux.

L'art de chasser les trains à vapeur se transmet de père en fils chez les braconniers. Ils travaillent seuls, avec de petits moyens et n'utilisent pas le matériel high-tech fort coûteux des grandes compagnies ferroviaires. Il faut avant tout beaucoup de patience ; attendre que les cheminées des locomotives cessent de cracher de la fumée noire et que les trains se sentent en confiance. Alors seulement il est possible d'agir. La technique la plus efficace en théorie est d'attirer l'un des trains avec un sifflet à injection d'idées d'avance.

De même que les animaux sauvages se définissent par le fait qu'ils évoluent en toute liberté, les trains à vapeur sauvages le sont par leur soif insatiable d'être en avance dans tout ce qu'ils entreprennent pour pouvoir paisiblement se reposer au soleil par la suite. Si les animaux dans les zoos dépriment et dépérissent, c'est bien parce qu'on les a privés de leur liberté. Les trains que l'on enchaine à des rails et que l'on force à arriver à l'heure à destination deviennent tristes et vides de la même manière. Ils accumulent bien vite les retards et forcent les cheminots à faire grève lorsqu'ils refusent finalement d'avancer. On fait appel alors à des gens comme Bohémond pour les remplacer, car obtenir l'aval du gouvernement prend bien trop de temps.

Les sifflets à injection d'idées d'avance demandent une grande dextérité qui nécessite des années de pratique. Il s'agit de deviner puis moduler exactement la conception de l'avance que se fait le spécimen que l'on souhaite capturer.

Autant dire que les braconniers ne capturent jamais de trains à vapeur sauvages. Et c'est pas plus mal.

Par Micha - Publié dans : Textes
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